Réintroduire la qualité de la vie au centre des débats

« Sous la forme du bien vivre, du bien-être ou du bonheur, la question de la qualité de vie qui a traversé toutes les époques de l’humanité est devenue un principe pour l’action, notamment dans les domaines de l’habitat, de l’environnement, de la santé et du travail. Mais aujourd’hui, dans nos sociétés en crise, elle devrait permettre d’élargir le concept de développement durable en réintroduisant dans le débat les aspirations qui s’expriment de plus en plus à « vivre ensemble autrement pour vivre mieux ». Quels enseignements peut-on tirer des réflexions et des réalisations qu’elle a inspirées et sur quelles valeurs sociétales doit-elle se fonder pour orienter l’action ? »

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  • ATELIER QUALITÉ DE LA VIE
    La question du « bien vivre » ne me parait pas une question « de tout temps », mais une question qui se pose aujourd’hui, dans le contexte particulier de la crise globale dans laquelle nous sommes tous immergés.

    Le moment
    « Le bien vivre » est un concept des alters latino-américains, il est posé par l’approche par l’IDH (Indicateur de Développement Humain) qui remet en cause l’approche du « progrès » des sociétés selon le PIB. Enfin il est au centre d’un scénario qualitatif d’espérance, face au scénario catastrophe en cours, et de la régression quantitative de tous les acquis sociaux et de la grande régression sociale et sociétale générée en France, en Europe et dans le monde par le méta système ultralibéral.

    La manière
    On ne peut pas partir sur la question de la qualité de la vie, sans une représentation fine des « nouvelles » souffrances sociales, sans une attention et un inventaire des composantes du mal vivre, de la crise sociale, de la crise anthropologique et symbolique à laquelle nous sommes confrontés, sans une approche ouverte, créative, du mal vivre.
    Dit plus directement : je ne pense pas que l’on puisse lancer le débat sur ces questions en partant des thématiques de l’habitat, de l’environnement, de la santé, du travail. Je pense qu’il faudrait ouvrir la question et l’analyse comme jamais, car la crise, avec le mal vivre qu’elle génère, a au moins la vertu de mettre en lumière les composantes du problème.

    Le mal vivre
    Pour ébaucher à grands traits quelques . éléments du mal vivre et pour commencer l’analyse J’évoquerai :
    - La paupérisation de 9O% (?) de la population française
    - L’affaissement des couches moyennes
    - Le développement du précariat et de ses formes ( Vacataires, stagiaires, CDD,…
    divorces…) et la généralisation de la fragmentation sociale.
    - Retour de l’exclusion sociale ( les sans droits, sans papiers, sans logement, sans travail,
    sans argent) situation de l’après guerre et d’avant la généralisation des droits sociaux
    - Violence institutionnelle et régression des libertés collectives et individuelles.
    - Perte d’avenir, de projet personnel avec la précarité.
    - Perte de solidarité institutionnelle : régression de l’état social.
    - Peur objective liée à ces régression et peur cultivée par le politique pour inhiber la
    colère sociale,
    - Perte de valeurs communes qui cimentent le corps social avec la rupture du contrat
    social du CNR de 1945 et du contrat républicain,
    - Anomie sociale ET familiale croissante
    - Crise « noogène » et dépression collective consécutives aux grandes ruptures évoquées précédemment : cf les taux de dépressions, consommation d’antidépresseurs, recherche de gourous, addictions, suicides, divorces, solitude ( 1/3 des français)….autant de marqueurs de la crise existentielle collective.
    - souffrance des enfants dans ce contexte, des jeunes, des femmes qui disparaissent
    même des tribunes alters, des actifs, des post actifs

    Le mal vivre est l’expression d’une crise anthropologique avec ses composantes sociales, sociétales, idéelles, symboliques. Il n’y a plus d’intention commune de projet partagé et tout celà est très douloureux ET AUSSI très dangereux.

    Que reste t il ?
    - l’intelligence des choses
    - le désir de vie et d’agir
    - le besoin de sens
    - l’existant visible
    - l’existant invisible et refoulé
    - le territoire du quotidien, le local
    - le reliement
    - l’émergent

    Sur ce dernier point : « l’émergent » ne se trouve pas pour moi dans les livres, les concepts. le champ intellectuel : Je lis « sciences humaines » depuis longtemps et je ne vois pas dans cette revue, utile et sympathique par ailleurs, de comptes rendus d’études menées sur « le nouveau » et l’l’émergent".
    L’émergent est ailleurs : on le trouve dans le journal « l’âge de faire » qui relate toute sortes d’expériences et de faires nouveaux, intelligents, qui auront ou non, de l’avenir mais qui de toutes façons donnent des pistes de solutions. L’Émergent se situe dans les « pratiques sociales » des « créatifs culturels » dont je n’entend parler ni à France-Culture, ni dans Sciences Humaines, rarement chez les alters. Ne faudrait il pas réactualiser et approfondir l’enquête ? Le nouveau est « aussi » beaucoup en province et dans les pays pauvres.

    En conséquence de quoi les chercheurs, les intellectuels, les journalistes devraient sortir des lignes, de leurs champs académiques et se mettre au feu, à l’écoute de la société civile d’ici et d’ailleurs, de ses pratiques quotidiennes, de ses innovations minuscules et mondiales faites par des personnes et des petits groupes non visibles.
    Les théories sont en crises, on parle de « crise des sciences sociales », il faut sortir des autoroutes théoriques et conceptuelles et aller voir ce qui se passe dans le quotidien, le minuscule, les pratiques quotidiennes, les expérimentations, les faires. Le corps social a été contenu, réprimé, refoulé c’est là qu’est le potentiel, l’émergent.
    Les intellos doivent retourner aux gens, au quotidien, à l’infra-social pour trouver le nouveau, donner la parole à l’innovation car on le sait : « en faisant le contraire, on fait pareil » et il ne s’agit plus d’inventer de nouveaux concepts face aux théories existantes, mais de faire un détour par le réel « invisible » et le rendre visible.

    Pour moi, penser la « qualité de vie » est un chantier immense, pas un « à côté » des questions économiques et politiques du changement qui reviennent toujours au centre.
    Pour celà
    - il me parait absolument nécessaire d’inventorier et de se mettre à l’écoute des différentes dimensions du mal vivre actuel : crise anthropologique et éthique, crise du sens.
    - il me parait nécessaire de retourner vers les gens et la diversité sociale : couches populaires, couches moyennes, jeunes, femmes, ….urbains, ruraux…âges.., leur donner la parole, mettre à jour les convergences et renouveler le champ des propositions fédératrices
    - il me parait très souhaitable de porter notre attention vers les expérimentateurs, d’expérimenter nous même et inciter à faire expérimenter, par exemple de nouvelles méthodes de réflexion et d’action collective.
    - Je pense enfin que, au delà des légitimes besoins humains d’existence, il existe un immense besoin collectif de Sens de l’Existence.

    4/01/2011
    Claudette Sèze

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