De la crise écologique à la crise démocratique

« Très tôt associées à la gestion des questions environnementales, les pratiques participatives ont été prônées par le rapport Brundtland au point qu’aujourd’hui elles semblent être une figure incontournable dans la prise en compte de la durabilité. Mais, comme l’illustre le cas des nanotechnologies après celui des OGM, l’expérience a montré leurs limites et l’essoufflement se fait sentir. Y a-t-il des pistes de renouvellement qui permettraient de surmonter les difficultés rencontrées pour sortir du stade incantatoire de l’injonction ? »

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8 Messages de forum

  • Présentation de l’ouvrage d’Hervé Kempf 2 décembre 2010 09:58, par Bruno Villalba

    Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Paris, Le Seuil, 14 euros
    [présentation de l’éditeur]

    Sommes-nous en dictature ? Non. Sommes-nous en démocratie ? Non plus. Les puissances d’argent ont acquis une influence démesurée, les grands médias sont contrôlés par les intérêts capitalistes, les lobbies décident des lois en coulisses, les libertés sont jour après jour entamées. Dans tous les pays occidentaux, la démocratie est attaquée par une caste. En réalité, nous sommes entrés dans un régime oligarchique, cette forme politique conçue par les Grecs anciens et qu’ont oubliée les polito- logues : la domination d’une petite classe de puissants qui discutent entre pairs et imposent ensuite leurs décisions à l’ensemble des citoyens.
    Si nous voulons répondre aux défis du XXIe siècle, il faut revenir en démocratie : cela suppose de reconnaître l’oligarchie pour ce qu’elle est, un régime qui vise à maintenir les privilèges des riches au mépris des urgences sociales et écologiques.
    Car la crise écologique et la mondialisation rebattent les cartes de notre culture politique : l’Occident doit apprendre à partager le monde avec les autres habitants de la planète. Il n’y parviendra qu’en sortant du régime oligarchique pour réinventer une démocratie vivante. Si nous échouons à aller vers la Cité mondiale, guidés par le souci de l’équilibre écologique, les oligarques nous entraîneront dans la violence et l’autoritarisme.
    Au terme de ce récit précisément documenté mais toujours vivant, le lecteur ne verra plus la politique de la même façon.
    Comment les riches détruisent la planète et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, les précédents ouvrages d’Hervé Kempf, ont rencontré un réjouissant succès. Ils ont été traduits dans de nombreuses langues. L’intérêt soutenu qu’ils continuent de susciter en fait désormais des références de l’écologie politique.

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  • Une brochure sur les questions de démocratie 10 décembre 2010 14:46, par bruno villalba

    Une brochure (militante, merci Aude Vidal) présente quelques enjeux théoriques et pratiques de la démocratie participative. un bon résumé, qui fait le rappel des principales positions de spécialistes, tout en laissant une place importante aux interrogations pratiques :

    http://blog.ecologie-politique.eu/p…. Le pdf

    http://blog.ecologie-politique.eu/p… (les textes en ligne).

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  • revue EcoRev’ : urgence écologique, urgence démocratique 10 décembre 2010 16:38, par bruno villalba

    revue EcoRev’ : urgence écologique, urgence démocratique : N°34 (hiver 10) / Urgence écologique, urgence démocratique
    http://ecorev.org/spip.php?article737

    Crise climatique, crise énergétique, crise alimentaire, crise économique, crise de sens, crise de civilisation… La crise écologique, d’ampleur mondiale et aux conséquences « glocales » et transgénérationnelles, n’est plus une menace. C’est une réalité, une urgence. Face à cet impératif écologique, André Gorz nous mettait en garde contre la tentation du « fascisme vert » où « la production programmée d’un milieu de vie optimal sera confiée à des institutions centralisées et à des techniques lourdes » (Écologie et liberté) et où il expliquait que « la sortie du capitalisme aurait lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare » (ÉcoRev’ 28). Parce que nous croyons que l’écologie politique peut apporter une réponse civilisée à l’urgence écologique, il est indispensable de se pencher sur la théorie et la praxis démocratiques qui peuvent accompagner cette sortie du productivisme et la mise en place d’une gestion soutenable, respectant libertés individuelles et intérêt général aujourd’hui et demain, au Nord et au Sud.

    De son côté, Cornelius Castoriadis, qui est ici notre classique, rappelait de même qu’il n’était pas impossible que, face à une catastrophe écologique mondiale, des régimes autoritaires imposent des restrictions draconiennes à une population affolée et apathique. Ce pour quoi il prônait une indispensable « insertion de la composante écologique dans un projet politique démocratique radical » et, comme l’expliquent Antoine Chollet et Romain Felli – qui nous proposent une vision condensée de la pensée du philosophe de Socialisme ou barbarie – un nécessaire passage de l’autonomie à l’écologie et d’une l’émancipation vis-à-vis du système technico-productif.

    Pour réaliser cette émancipation Bruno Latour réfléchit, dans un entretien réalisée par Isabelle Lamaud, à la place, et à la signification, de la nature et des non-humains en politique et à la redéfinition de fond en comble de « la fonction politique, du rôle même des parlements, de la notion de porte-parole pour retrouver des règles d’autorité, de procédure, de débats » pour décider de notre futur. Bruno Villalba et Luc Semal nous incitent à intégrer le plus tôt possible dans nos sociétés démocratiques les contraintes temporelles, exogènes, égalitaires et sociales de la crise écologique, « c’est-à-dire la prise en compte d’un compte à rebours (…) et l’acceptation d’une courte période pendant laquelle nous serons contraints à effectuer les choix salutaires. »

    Nous nous demanderons ensuite avec Hervé Kempf si la démocratie peut être la voie de sortie face au capitalisme, à une élite et une oligarchie prédatrices. De leur côté, et c’est l’objet de l’article de Myriam Cau, nos représentants ont-ils conscience de l’impératif écologique et le prennent-ils en compte dans leurs décisions et pratiques courantes ? La représentation est-elle pour autant morte ? Avec Aude Vidal, nous nous pencherons sur les propositions d’une « démocratie écologique » de Dominique Bourg et Kerry Whiteside, qui souhaitent s’appuyer d’une part sur la légitimité politique des ONG écologistes et d’autre part sur la mise en place d’une « chambre haute » du long terme.

    Au-delà de grandes réformes structurelles et au travers d’un regard critique sur les potentialités et faiblesses des mécanismes participatifs existants, Florent Marcellesi et Hans Harms nous indiquent qu’il est d’ores et déjà possible, et ceci « sans attendre aucune nouvelle société, ni nouvelle morale, ni un engagement pour toute la vie » de repenser la démocratie de façon concrète. C’est d’ailleurs une de ces pistes, le « jury citoyen », qu’Antoine Vergne étudie en se demandant quelles sont les conditions de réalisation du potentiel de la démocratie participative et délibérative face à l’urgence écologique. De même, en suivant ce besoin de concrétion, ce numéro d’ÉcoRev’ interroge la façon dont il est possible d’envisager une relocalisation démocratique de l’économie, à l’aide par exemple de monnaies locales (Patrick Viveret), une démocratisation de l’espace éducatif grâce à une « université coopérative » (Mikaël Chambru et Davy Cottet) ou une réappropriation démocratique et écologique des processus productifs dans le monde rural, comme le propose le Mouvement des sansterre au Brésil (Tiago Bueno Flores et Luiz Henrique Gomes de Moura).

    Au coeur de cette révolution lente de nos systèmes démocratiques, quelle place reste-t-il alors aux partis politiques ? Pour apporter quelques éléments de réponse, nous avons demandé à André Gattolin de nous donner son point de vue sur la mise en oeuvre de la démocratie au sein de la nébuleuse Europe Écologie. Sa réflexion est suivie d’une défense optimiste et engagée des apports du numérique par Anita Rozenholc et Emmanuel Dessendier, alors que balbutie la société de l’intelligence telle que l’imaginait André Gorz.

    Nous finirons ce parcours en faisant nôtre la maxime « penser global, agir global ». D’un côté, alors que le besoin d’Europe se fait de plus en plus sentir pour mettre en place une meilleure « gouvernance » supranationale répondant aux défis écologiques transnationaux, Gérard Onesta tente de concevoir une « démocratie » à l’échelle mondiale. De son côté, au vu de l’échec des négociations sur le climat à Copenhague, Jérôme Gleizes réfléchit aux conditions d’un cycle post-Seattle.

    Il s’agit d’être d’une extrême vigilance dans une période où pointent les risques totalitaires induits par une gestion capitaliste du monde dénuée de toute prise en compte de l’écosystème. La construction d’une société écologiste ne pourra advenir sans affirmer le besoin fondamental d’une réelle démocratie.

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  • Obsolescence de la durée et actualité du délai. 10 décembre 2010 16:40, par bruno villalba

    Obsolescence de la durée et actualité du délai.
    Luc Semal, doctorant, Ceraps-Lille 2, membre du comité de rédaction de la revue Entropia
    Bruno Villalba, maître de conférences, Ceraps-Sciences Po Lille, membre du comité de rédaction de la revue EcoRev’

    article paru dans EcorRev’, N°34 (hiver 10) / Urgence écologique, urgence démocratique

    Copenhague est un échec. Au-delà des enjeux strictement environnementaux, ce fiasco témoigne de l’incapacité des procédures délibératives démocratiques à intégrer l’urgence dans leur perception du temps. Le long terme — longuement décortiqué par Pierre Rosanvallon (“Sortir de la myopie des démocraties”, Le Monde, 7 décembre 2009) — semble pouvoir être largement commenté, mais guère compatible avec nos capacités collectives de décider. Cela révèle un décalage fondamental —et que nous refusons encore d’explorer— entre la manière dont nous imaginons le long terme et la réalité matérielle des phénomènes écologiques (dérèglement climatique, pénuries énergétiques, épuisement des ressources, sixième extinction de la biodiversité, empoisonnement de l’environnement, explosion des inégalités sociales, développement de la surveillance généralisée, guerre pour les ressources y compris pétrolières en Irak…). Autrement dit, cela révèle le décalage entre, d’une part, notre capacité à créer les conditions pour que le long terme ne puisse jamais advenir et, d’autre part, notre ingéniosité pour sans cesse repousser la prise en compte du délai qu’il nous reste…
    P. Rosanvallon illustre cette dualité : reconnaître que, désormais (on serait tenté de dire enfin…), les problèmes environnementaux sont des problèmes de long terme (notre responsabilité vis-à-vis des générations futures, etc.) et qu’il faut adapter le temps démocratique à la nécessité du temps long. Pourtant, rappelle-t-il, la démocratie est « myope », car elle peine à intégrer une telle perspective. Mais, précise-t-il doctement, cela est indispensable. Et de préconiser des solutions somme toute classiques, comme « Introduire des principes écologiques dans l’ordre constitutionnel », « Renforcer et étendre la définition patrimoniale de l’État », « Mettre en place une grande ‘Académie du futur’ », ou bien encore « Instituer des forums publics mobilisant l’attention et la participation des citoyens ». Des solutions qui n’en sont pas… La Charte de l’environnement est sensée, avec la constitutionnalisation du principe de précaution, engager une vaste réorientation des objectifs de la puissance public. Mais, pour l’instant, elle est loin de jouer ce rôle. La vison colbertiste de l’usage patrimonial de la nature est loin de pouvoir répondre aux contraintes que subit la biodiversité. En cas d’arbitrage, Colbert cède toujours la place aux caprices du roi… Les académies ne changent guère les orientations du pouvoir, se contentant la plupart du temps d’emboîter le pas à la puissance publique où à la puissance technique (de la CFDD à l’Académie des sciences, le pouvoir des autorités indépendantes demeure virtuel…). Invoquer la puissance de la participation, c’est oublier l’enchevêtrement des choix individuels, et bien souvent l’impossibilité pour tout à chacun (savants et politiques compris) de construire des choix quotidiens compatibles avec les enjeux du long terme. Meadows affirmait dès 1972 dans Limits to Growth que l’individu lui aussi ne percevait que les enjeux proches de lui dans le temps et dans l’espace, et consacrait peu de temps et d’énergie aux enjeux globaux et de long terme…
    Mais fondamentalement, ces solutions contournent la question centrale : ces dispositifs supposent que nous disposons d’un temps conséquent, d’une durée suffisante pour adapter, lentement, notre représentation du futur aux contraintes de plus en plus actuelles de l’urgence écologique. Autant dire que nous avons bien du temps devant nous, et que tout cela se fera lentement mais sûrement…
    Une telle perception relève de la cécité et non plus de la myopie. L’environnement n’est pas un problème de long terme, de responsabilité vis-à-vis des générations futures – ce qui laisserait supposer que nous ayons encore le temps d’apprendre, comme l’édicte Rosanvallon, à « modifier [nos] propres réflexes en termes d’anticipation ». Au contraire, l’environnement est un problème historiquement enraciné dans l’élaboration de notre société technicienne. L’environnement est indissolublement lié à une construction du régime démocratique, qui s’est élaboré en considérant que la nature n’était qu’une question subalterne. Seule comptait la possibilité de la politique de façonner le monde social, au-dessus du monde naturel. Mais l’environnement est avant tout un problème continu — la force inertielle du dérèglement climatique commence juste à être aperçue… Par conséquent, si on croise le problème climatique (en insistant notamment sur l’imminence des points de rupture et des effets d’emballement) avec la question énergétique (pic pétrolier imminent, déclin inéluctable des matières premières, risques de ruptures d’approvisionnement électrique dès cet hiver…), alors le problème climatique est moins un problème de long terme qu’un problème de compte à rebours, moins un problème de durée qu’un problème de délai. Dès lors, l’enjeu n’est pas tant d’arriver à penser le long terme (puisqu’en fait nous le faisons déjà à travers le prisme du mythe du développement, du progrès technoscientifique ou de la croissance continue), mais plutôt d’arriver à penser le compte à rebours (comme nous y invite Albert Jacquard) et donc la possibilité de l’inexistence du long terme, la possibilité de « la fin de tout but possible » (Günther Anders).
    L’enjeu climatique ne nous laisse pas le choix : la politique —notamment en démocratie— doit désormais construire ses objectifs non plus en fonction d’une vision idéale d’un temps sans cesse renouvelé, mais comme inscrits dans un délai nous imposant de réaliser des choix qui seuls permettront la continuité réelle de l’existence de nos sociétés. Le délai est donc caractérisé par une double face : la prise en compte d’un compte à rebours (résultant du cumul des crises environnementales et sociales) et l’acceptation d’une courte période pendant laquelle nous serons contraints à effectuer les choix salutaires.
    Pour faire face à cette cécité des temps politiques qui frappe nos sociétés démocratiques, nous devons donc accepter de faire un effort d’imagination pour enfin regarder en face ce décalage entre l’urgence actuelle et la faiblesse des réponses collectivement élaborées – et cela d’autant plus que le sommet de Copenhague vient de témoigner de notre difficulté à construire des solutions vraiment probantes… Cet effort d’imagination passe, tout d’abord, par la nécessité d’accepter cette urgence. Rien n’est moins facile, tant nous continuons à nous bercer —au Nord comme au Sud— de l’illusion que la corne d’abondance de la science et du progrès pourra résoudre tous les problèmes, dans l’égalité et la justice universelle… L’imagination passe ensuite dans notre capacité collective à explorer des pistes qui pour l’instant, n’ont rien d’attrayantes. Ces pistes concernent la possibilité d’envisager en premier lieu la contrainte temporelle : nous sommes face à un ultimatum que nous ne pouvons continuer à nier (N. Hulot, après d’autres, semble avoir saisi toute l’importance de cette restriction du temps pour décider). Elles concernent ensuite la contrainte exogène : comme le souligne Y. Cochet, « on ne négocie pas avec la nature » ; la géologie et la climatologie imposent un modèle de négociation à nos politiques qui continuent pourtant à faire comme si elles pouvaient s’élaborer en dehors de ces contingences… De plus en plus, nous devons faire face à une contrainte égalitaire, qui redessine les relations entre humain et non-humains. Enfin, elles évoquent la contrainte sociale : le rationnement devient une condition nécessaire du partage dans un monde fini (la carte carbone, le revenu maximum autorisé…). La démocratie ne pourra faire l’économie d’explorer, rapidement, ces pistes, au lieu de se contenter d’interroger les procédures à choisir pour envisager, un jour, plus tard, de construire un débat à la hauteur de l’enjeu écologique.
    Ces pistes conditionnent la possibilité de maintenir des choix pour les générations futures. Elles peuvent apparaître comme restrictives de nos libertés de choix actuelles. Mais elles seules peuvent permettre de reculer l’échéance et la brutalité de la fin de nos idéaux démocratiques.

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    • démocratie 3 janvier 2011 10:59, par Fabrice Flipo

      Chers collègues,

      Il semble un peu excessif de lier démocratie et déni des équilibres naturels / cosmiques. La démocratie, au sens d’un gouvernement par soi, autonome (Castoriadis), est une aspiration universelle. Ce qui pose problème, et qui n’est pas abordé par des ouvrages tels que Fitoussi, Dominique Bourg etc. qui nous parlent de démocratie, c’est la forme moderne de démocratie, qui suppose la « liberté des Modernes » au sens de Benjamin Constant : l’autorégulation économique, la « société civile ». De ce problème découle toute une série de conséquences relatives notamment à la taille des Etats, à la représentativité etc. et à des alternatives possibles telles que la relocalisation à la Latouche / Fotopoulos. Les grands Etats sont-ils irrémédiablement dépendants d’une certaine prospérité économique ? De technologies avancées de communication (cf. Benedict Anderson) ? « Revenir » à des entités territoriales plus petites est-il possible ? Souhaitable ? Y a-t-il des précédents ? Que penser de la chute de l’Empire Romain, que certains ont vu comme une délivrance, d’autre comme le début d’un long chaos (fragmentation) ? Que disent les expériences postcoloniales à ce sujet ? Que devient la nation quand elle est implantée en terre africaine ou indienne ? La démocratie indienne, présumée impossible par des experts mondialement reconnus tels que Robert Dahl, n’a-t-elle rien à nous apprendre, elle qui s’est montrée capable de durer jusqu’à nos jours sans interruption, contre tout pronostic, elle qui crée ou détruit des Etats à volonté ?

      La supposée non-prise en compte du long terme par les démocraties occidentales est invalidée dans de nombreux cas, citons par exemple le nucléaire pour lesquels des investissements sont planifiés pour des durées de l’ordre du siècle.

      Les choix techniques se révèlent très constants, depuis le 19e siècle. Ils vont systématiquement dans le sens d’une pression plus grande sur les ressources, permettant notamment d’élever les échanges, symbolisés par le PIB. Tout ça est constant depuis Marx, voire Smith. Marx avait bien vu que la technique est un rapport à la nature. Il y a donc lieu en effet de s’interroger sur la « démocratie technique ». Néanmoins cela ne peut se faire sans poser la question des usages que cette technique permet, et explorer les conséquences des alternatives. Passer en 100% bio par exemple exige de quadrupler la population rurale et stopper la tertiarisation, toutes choses rarement mentionnées par « les écolos » et pourtant cruciales pour qu’un choix éclairé soit possible. Le Grenelle a montré l’absence de discours alternatif à la hauteur des enjeux, les associations ont accumulé les mesures techniques, toutes moins visibles et moins compréhensibles les unes que les autres. Ces mesures ne peuvent guère sortir du modèle de la « croissance verte » tant qu’une interrogation plus fondamentale sur la nature du « développement » n’aura pas été menée. Cette interrogation exige de reconsidérer ce qu’on appelle « sous-développement », que l’on présente comme un état qui manque de perfection. Le fait même de poser la question met profondément en cause ce que les théoriciens de la démocratie moderne (Dahl, Rawls, Rosanvallon etc.) ont tenu pour acquis.

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  • Hervé Kempf : L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie 6 janvier 2011 19:48, par Passerellesud.org

    Décroissance et contre-pouvoirs, la voix d’Hervé Kempf qui résume son livre en 12 min

    On peut écouter H. Kempf présenter son livre chez Passerellesud, dans un article publié le 20 décembre 2010.

    Hervé Kempf : L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie

    Passerellesud média libre de l’écologie politique

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  • De la crise écologique à la crise démocratique 11 janvier 2011 08:45, par Arturo

    Dommage que je ne puisse être présent au colloque.
    En effet j’aurais aimé voir comment s’articulent les chercheurs (tout en prudence dans les textes de préparation, ce qui est relativement normal puisqu’ils ne connaissent qu’une infime part de la réalité) et les personnalités (très remontées idéologiquement, souvent très compétentes et utilisant les artefacts de l’émotion).
    En tous cas, ce sera un exemple des liens entre recherche et société civile.
    Si la recherche n’y perd pas son latin, je veux bien me faire apôtre !
    Bon courage à tous

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